Les médias, la migration et le COVID_19. Bilan d’une rude épreuve

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La migration a construit depuis des décennies l’histoire de l’humanité, elle a contribué à sa richesse culturelle et économique, pourtant les médias doivent encore détenir un rôle important pour inciter à la tolérance et l’acceptation de l’autre dans les sociétés confrontées aux défis soulevés par les flux migratoires. Les violations des droits humains des migrants, des politiques anti-immigrants, de la discrimination, de la xénophobie, et la qualité de l’information des médias sont tributaires de la façon dont les sociétés interprètent le flux migratoire.

Ce qui affecte la diversité ce sont les images du réfugié vu comme une victime ou du réfugié vu comme une menace, ce sont des images réductrices qui ne traitent pas des questions humaines et qui ne précisent pas la différence entre les « migrants », les «chercheurs d’asile » et les « réfugiés », car les mots utilisés lors des reportages ont une influence sur la perception et le traitement de l’autre. Les mots généralistes et vides de sens et d’intérêt creusent les différences et accentuent le racisme et la discrimination. Ces voyageurs du monde ont tous eu une vie avant le départ, certainement riche d’expérience de culture ou de savoir, que les pays d’accueil doivent exploiter. Au 21ème siècle il existe des marchés du trafic d’humain dans les rangs des migrants les plus vulnérables.

Eugene Delacroix, La liberté guidant le peuple

Durant la crise du Covid-19, les migrants se sont trouvés coincés dans les pays en développement comme le Maghreb et l’Afrique subsaharienne mais aussi la Turquie ou le Liban sous une crise économique sans précédent, ces pays de transit ou de destination, disposent de systèmes de santé précaires même pour les autochtones, et le flux migratoire devient menaçant en vue d’un risque accru de contamination et de propagation circulaire du virus. Livrés à leurs sorts et diabolisés par les médias, la désinformation et « l’infodémie » ne cessent de se propager autour des migrants pour créer plus de tensions et de conflits.

Fin 2019, la crise sanitaire de la pandémie Covid-19 a monopolisé les médias au détriment des autres sujets, et la couverture médiatique vit une nouvelle ère, les médias doivent tout repenser dans l’urgence et sous une pression économique, pour informer, se spécialiser, sensibiliser, protéger les populations et aussi les journalistes et les effectifs. L’information devient vitale, pour la première fois de leurs carrières des journalistes et des reporters du monde entier traitent un même sujet qui intéresse toute l’humanité, la pandémie Covid-19. La course à l’information, le confinement des journalistes, le télétravail, malgré son utilité, a affaibli la qualité de l’information, car la source d’information fiable d’un journaliste est le terrain, ainsi le manque des journalistes et surtout des journalistes spécialisés a laissé place à la désinformation.

Pour faire face à la crise de la couverture à la fois de la migration et du Covid-19 qui sont étroitement liés par la condition actuelle de l’humanité, la crise exige que l’on se concentre d’urgence sur la question de la viabilité économique des médias.

Les  médias sont les garants de la démocratie

Outre le rôle qu’ont joué les médias sur un plan international pour prévenir et informer de la crise sanitaire, les médias sont les garants de la démocratie, et les structures de presse et de l’information sont des biens publics. L’indépendance et le pluralisme des médias sont autant importants pour la qualité de l’information, le droit à l’information est un acquis important pour les citoyens, et les pays doivent accroître leurs efforts pour assurer la sécurité des journalistes, leurs déplacements et faciliter l’accès aux sources, nous avons remarqué la différence de gestion de la crise sanitaire entre les pouvoirs publics qui coopèrent d’une façon fluide avec les organes de presse et ceux qui dissimulent les vérités et les chiffres. La transparence est un élément clé pour produire un contenu fiable, et lutter contre la désinformation des journalistes et de la population.

Garry Knight, liberté d’expression

« infodémie »« désinformation »« messages de haine »

Les réseaux sociaux ont été le terrain de plusieurs maux « infodémie », « désinformation », « messages de haine ». Les journalistes, les organes de presse et les structures gouvernementales, ont dû renforcer le fact-checking, plusieurs sites, manuels et moyens ont été élaboré pour former, et désamorcer les fausses informations. Et le besoin de plus de moyens financiers pour mettre en place la lutte contre désinformation et la manipulation de masse. Même importantes les formations peuvent s’avérer inutiles si les structures de presse sont au bord de la faillite et manquent de journalistes et d’effectifs, l’information manquera de qualité, le contenu sera insuffisant et l’information sera incomplète. Le bon fonctionnement d’un média dépend des conditions du travail des journalistes et des effectifs, ils ont besoin du temps et des moyens nécessaires pour mener correctement les investigations et créent du contenu.

L’Organisation internationale du travail a annoncé cette année la perte de 195 millions d’emplois et les organisations de médias sont massivement impactées par la crise avant même le désastre du Covid-19. Malgré l’intérêt porté à l’information lors de la crise du Covid-19 et l’augmentation des chiffres de l’audience surtout pour les chaînes d’information, la situation économique n’a fait qu’empirer, les médias dépendent des annonceurs et publicitaires, les recettes sont réduites, c’est le cas pour plusieurs médias partout dans le monde. Les médias locaux, régionaux et communautaires, sont en grande difficulté, les salaires et les congés des salariés sont réduits, les salles de rédactions se vidaient entre journalistes infectées par le Covid-19, chômage partiel, licenciement, et pigistes sans activité. La perte des effectifs et des ressources entraîne la dégradation de la réputation des médias voir la fermeture définitive, des médias qui ferment sont un véritable danger car ça laisse un vide qui sera remplacé par la désinformation, certains médias comme les radios ont un rôle majeur dans l’éducation et l’instruction des populations dans des régions qui n’ont pas accès à internet ou à la télévision dans les pays en développement, des régions dépendent de l’information météo ou trafic donnée par les stations radios. Le désert de l’information peut accentuer la marginalisation des peuples et sa mise à la marge de l’évolution que connaissent d’autres nations.

l’accès à l’’information pluraliste encore plus compliqué

Si les recettes des annonceurs et publicitaires privées sont insuffisantes, les médias dépendront des publicités gouvernementales qui dans certains pays utilisent leurs pouvoirs pour exercer une influence politique au détriment du pluralisme et de l’information pour l’intérêt public. Les médias publics et d’intérêt réellement public sont de plus en plus minoritaires et souffrent des réductions de financement, et de la diminution des recettes . Les médias comme la presse écrite (même en ligne) dépendent des ventes ou des abonnements et en vue de la baisse du pouvoir d’achat donc des audiences, ils ne disposent plus de moyens pour recruter ou produire plus. Les médias internationaux manquent d’indépendance et de pluralisme car ils sont financés par des politiques étrangères à intérêt pas très local ou national. Si on fait un constat sur un court, un moyen et un long terme on constate que la crise actuelle a causé de gros dégâts sur un niveau communautaire, national mais aussi universel et que ça va rendre l’accès à l’’information pluraliste encore plus compliqué, en particulier dans les pays en développement.

Il existe un nouveau lieu où le journalisme et la couverture de la migration peuvent se défendre

La crise n’a pas été encore fatale pour le journalisme, c’était même une occasion de reconsidérer la place du journalisme au moment des crises et des catastrophes et de le reconnaître comme un bien public et un une source essentielle pour nos vies, et nos échanges. Il existe un nouveau lieu où le journalisme et la couverture de la migration peuvent se défendre : la création d’ une plateforme spécialisée en ligne pour les échanges rapides entre les professionnels du métier, les régions et les partenaires . La création de cette plateforme numérique doit regrouper des contenus d’information qualitatifs (audio/ vidéo) mais aussi des manuels d’usage, d’éthique, et des formations. Cette plateforme en ligne doit être dédiée à dynamiser et équilibrer les connaissances sur la question de la couverture de la migration à travers :

  • La formation pour les journalistes et les rédacteurs en chef sur les questions déontologiques, éthiques et pour lutter contre l’intolérance dans la rhétorique politique.
  • Une attention prioritaire aux femmes réfugiées car la visibilité des femmes est très restreinte en leur donnant la parole et les outils de communication pour faire en sorte que d’autres femmes puissent s’exprimer à travers elles
  • Les médias et les réseaux de journalistes réfugiés pour que les réfugiés puissent raconter eux-mêmes leurs histoires
  • L’autonomisation des jeunes en Afrique à travers les médias et la communication

Plusieurs institutions travaillent activement sur ces questions et ces solutions comme l’UNESCO ou les Nations Unies. L’urgence est de faire des frontières un lieu d’opportunités et non un lieu de conflits.

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